L’internationalisation des régions françaises : une comparaison entre les régions d’Outre-mer et métropolitaines

French regions’ internationalisation: a comparison between the overseas and mainland regions

Laurent Didier

References

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Laurent Didier, « L’internationalisation des régions françaises : une comparaison entre les régions d’Outre-mer et métropolitaines », Carnets de recherches de l'océan Indien [Online], 9 | 2023, Online since 01 March 2023, connection on 13 July 2024. URL : https://carnets-oi.univ-reunion.fr/1002

Cet article vise à analyser l’internationalisation des régions françaises en réalisant une étude comparative entre les régions ultramarines (La Réunion, Martinique, Guadeloupe, Guyane) et métropolitaines. La problématique de l’intégration économique des régions ultramarines s’avère être particulièrement complexe par rapport aux régions métropolitaines qui elles évoluent davantage dans un milieu « naturel » sur le continent européen et qui ne sont pas concernées par les problèmes d’éloignement géographique. Pour y parvenir, des indicateurs statistiques sont utilisés permettant d’approximer l’internationalisation des régions françaises (connexions d’infrastructure, humaines, de connaissance et d’affaires) afin d’évaluer leur performance. Puis la gouvernance locale des régions en termes d’internationalisation sera également étudiée, à travers notamment le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII). Les premiers éléments confirment donc l’hétérogénéité des régions françaises en matière d’internationalisation en fonction de leur capital territorial. De plus, une gouvernance pluri-niveaux est appliquée avec une attention toute particulière apportée au marketing territorial dans leur stratégie d’internationalisation.

This article aims at analyzing the internationalisation of French regions by carrying out a comparative study between overseas (La Réunion, Martinique, Guadeloupe, Guyane) and mainland regions. Economic integration of overseas regions turns out to be particularly complex compared to mainland regions which evolve more in a “natural” environment on the European continent and which are not affected by the problems of geographical remoteness. To this regard, we use statistical indicators to approximate the internationalisation of French regions (infrastructure, human, knowledge and business connections) in order to assess their performance. Then we will also study the local governance of the regions relative to internationalisation, in particular through the Regional Scheme for Economic Development, Innovation and Internationalisation (SRDEII). The first results therefore confirm the heterogeneity of French regions in terms of internationalisation according to their territorial capital. Finally, a multi-level governance is applied with particular attention paid to territorial marketing in their internationalisation strategy.

Introduction

« L’internationalisation des territoires locaux peut se définir comme le processus dynamique de flux en provenance ou en direction de territoires étrangers » (Visier, 2020). En France, les collectivités locales font face depuis des décennies aux mutations socio-économiques à la fois de la société française et de l’économie mondiale. Elles sont d’ailleurs en première ligne des actions publiques à travers la mise en œuvre de politiques publiques de plus en plus territorialisées afin de coller davantage aux réalités du territoire et aux attentes de leurs habitants. Depuis les lois de décentralisation des années 1980 en France, leur rôle s’est vu renforcer en particulier à la suite de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe)1. Celle-ci s’est notamment traduite par la fusion des régions en France métropolitaine et par l’actualisation des compétences entre les communes, les départements et les régions. Au fil des années, les territoires ont été les lieux privilégiés à l’échelle locale des transformations engendrées par la mondialisation qui sont de nature multidimensionnelle : le développement des flux commerciaux (avantage comparatif), l’essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger (avantage compétitif) et la recrudescence des réseaux mondiaux de production et d’information (avantage informationnel).

Face à cela, des disparités existent au niveau de l’environnement et de l’action extérieure des régions françaises, fers de lance du développement économique local, où encore très peu de diagnostics précis de l’internationalisation de ces territoires n’ont été réalisés jusque-là. Ainsi, la problématique de l’intégration économique des régions ultramarines s’avère être particulièrement complexe par rapport aux régions métropolitaines qui elles évoluent davantage dans un milieu « naturel » sur le continent européen et qui ne sont pas concernées par les problèmes d’éloignement géographique. Contrairement aux régions métropolitaines, l’internationalisation des régions ultramarines est aussi confrontée à la multiplication des statuts, DROM – RUP2, ainsi qu'au poids de l’histoire dans leurs relations avec la Métropole (Hoarau, 2021), où leur modèle socio-économique reste fortement tributaire de celle-ci (transferts publics) et de l’Union européenne (fonds structurels européens).

Ce travail contribue alors de deux manières à la littérature existante en traitant essentiellement de la problématique de l’internationalisation des régions françaises. Premièrement, le sentiment de plus en plus fort d’une démocratie locale de l’action publique territoriale est présent dans nos territoires, où la gouvernance locale cherche à « redéfinir les méthodes de prise de décision des organisations » (Favreau, 2019). Dans le cadre de ce travail, la gouvernance locale des régions au niveau de l’internationalisation du territoire est étudiée par le biais du Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), et plus spécifiquement du marketing territorial en tant qu’outil au service de l’internationalisation et de l’attractivité du territoire. Deuxièmement, des indicateurs statistiques développés par l’OCDE (2021) sont utilisés pour approximer les canaux de l’internationalisation (connexions d’infrastructure, humaines, de connaissance et d’affaires) des régions françaises afin d’évaluer leur performance à travers une étude comparative tout en travaillant sur l’ébauche d’un indicateur régional synthétique d’internationalisation.

Le reste de l’article est organisé de la manière suivante. La section 2 établit le profil des différentes régions françaises. La section 3 étudie « l’institutionnalisation » de la politique régionale d’internationalisation. La section 4 analyse les indicateurs d’internationalisation retenus en comparant la situation entre les régions françaises (de métropole et d’outre-mer). Enfin, la section 5 conclut.

L’hétérogénéité des régions françaises

Depuis la réforme de 2015 venant acter une nouvelle étape dans le processus de décentralisation en France, le rôle des régions françaises dans le développement économique des territoires s’est renforcé sans pour autant pallier les écarts entre elles. Effectivement, force est de constater que le titre de l’ouvrage du géographe Jean-François Gravier « Paris et le désert français » en 1947 est toujours d’actualité.

D’un point de vue économique (Graphique 1), trois constats peuvent être établis. D’une part, l’Île-de-France demeure sans conteste la région la plus développée :

- un produit intérieur brut (PIB) 7 fois supérieur aux régions d’Outre-mer ;

- un PIB par habitant en moyenne 2 fois plus élevé que les autres régions métropolitaines ;

- un indice de développement humain (IDH) plus élevé que la moyenne des régions en France ;

- une part des ménages fiscaux imposables 2 fois supérieure par rapport à l’Outre-mer.

D’autre part, hormis l’Île-de-France et l’Outre-mer, les régions métropolitaines affichent une relative homogénéité dans ce domaine avec toutefois deux régions qui se distinguent positivement, à l’instar de l’Auvergne-Rhône-Alpes et de la Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Enfin, les régions d’Outre-mer, et dans une certaine mesure la Corse, ont des performances économiques moindres par rapport aux autres régions venant souligner une fois de plus leur spécificité et leur vulnérabilité.

D’un point de vue socio-économique (Graphique 2), deux éléments peuvent être mis en lumière. Premièrement, les régions métropolitaines ainsi que la Corse arborent une homogénéité plus apparente en termes de taux de chômage (8 % en moyenne en 2019), de taux de pauvreté (14 % en moyenne en 2018) et de niveau de vie médian mensuel (en moyenne 1793€ en 2018). Deuxièmement, la situation des régions d’Outre-mer témoigne surtout d’une plus grande précarité avec un rattrapage graduel au niveau économique, social et sanitaire depuis la départementalisation :

- un taux de chômage moyen presque 3 fois plus élevé qu’en Métropole ;

- un taux de pauvreté moyen 3 fois supérieur aux autres régions ;

- un niveau de vie médian avoisinant les 1000€ par mois ;

- des inégalités de niveau de vie qui se rapprochent de celles de l’Île-de-France où l’écart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est de l’ordre de 4 contre 3 pour les autres régions métropolitaines et plus de 7 en Guyane.

Quant aux spécialisations sectorielles et aux relations économiques3 vis-à-vis de l’extérieur (Tableau 1), plusieurs observations peuvent être faites pour ces territoires :

- l’Île-de-France (spécialisée principalement dans l’habillement et l’automobile) est la première puissance commerciale au niveau des régions en France en ayant comme principaux partenaires commerciaux l’Allemagne et les États-Unis ;

- les Hauts-de-France (produits chimiques et métallurgiques), le Grand Est (automobile et matériels de machine) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (produits chimiques et matériels de machine) représentent ensemble plus du tiers du commerce extérieur français et elles ont en commun l’Allemagne comme principal partenaire ;

- le reste se répartit entre les 9 autres régions métropolitaines qui participent relativement moins au commerce extérieur par rapport aux régions précédentes ;

- les régions d’Outre-mer s’illustrent quant à elles par une double concentration des échanges extérieurs avec la France et des pays de l’UE sur des produits à faible valeur ajoutée comme l’agroalimentaire (à l’exception de la Guyane avec le secteur de l’aéronautique).

Cet état des lieux de la situation des régions françaises a mis en évidence l’existence de trois strates au niveau de nos territoires en étudiant certains aspects économiques et socio-économiques. Il reste cependant à étudier le type de gouvernance des politiques régionales d’internationalisation étant donné le rôle de plus en plus prépondérant des Régions dans ce domaine.

« L’institutionnalisation » des politiques régionales d’internationalisation en France

L’élaboration et la mise en œuvre des politiques régionales d’internationalisation sont encadrées par l’article 2 de la loi NOTRe ainsi que par l’article L.4251-13 du Code général des collectivités territoriales à travers le SRDEII. En effet, ce schéma régional représente la feuille de route de la politique économique territoriale des régions en France en définissant les grandes orientations (aides aux entreprises, soutien à l’internationalisation, attractivité), en organisant la complémentarité des actions sur le territoire via une coordination horizontale entre les différents acteurs locaux et en favorisant le développement économique innovant, durable et équilibré du territoire (économie sociale et solidaire, égalité professionnelle, coopération transfrontalière).

Pour y arriver, le marketing territorial reste le principal outil utilisé par les Régions en termes de gouvernance afin d’établir et d’appliquer les stratégies d’internationalisation des territoires. Selon l’Assemblée des départements de France (2016), « le marketing territorial est une démarche de valorisation ayant pour but de présenter les qualités d’un territoire et l’efficacité des missions de service public rendues par une ou plusieurs collectivités sur ce même territoire, en affirmant ses spécificités et son identité ». Pour Chamard et al. (2014), « pour les territoires, le marketing territorial est une démarche qui permet d’adapter une offre territoriale contrainte, en se fondant sur la connaissance de son environnement, pour répondre à des objectifs d’attractivité et d’hospitalité ».

L’objectif ici est de tenter de recenser les principales formes de marketing territorial mises en œuvre par les régions françaises dont le but est d’intervenir au niveau des connexions humaines, d’affaires, de connaissance et d’infrastructure en influençant l’attractivité du territoire vis-à-vis de l’international. Pour y parvenir, l’analyse de chaque SRDEII (2017-2021) des régions a été nécessaire en retenant 3 critères (Tableau 2) : le degré de coordination des acteurs publics (collectivités territoriales, intercommunalités, chambres consulaires, etc.), le degré de mobilisation des acteurs privés (entreprises spécialisées dans le domaine en question), la forme de l’organisation « pilote » (agence régionale spécialisée, établissement parapublic, organisation ad hoc, etc.).

En conséquence, 4 modèles inclusifs de marketing territorial (Graphique 3) au niveau des régions en France sont à distinguer :

- l’inclusion élargie est le modèle le plus inclusif, car il regroupe tous les acteurs publics et privés locaux (coordination horizontale) au sein d’une agence régionale spécialisée parapublique dont la gouvernance est partagée entre les différents acteurs concernés. Plusieurs régions ont suivi ce modèle à l’instar de Normandie attractivité, Choose Paris, Bretagne Développement Innovation, La Marque Auvergne, Agence attractivité Alsace ;

- l’inclusion différenciée se singularise uniquement par le type d’organisation « pilote » qui prend le plus souvent une forme ad hoc moins formelle : forum, séminaire ou club. C’est notamment le cas en Nouvelle-Aquitaine avec le Club de l’attractivité, au Pays de la Loire avec le Forum économie et territoires ou encore en Guadeloupe avec des séminaires et des ateliers thématiques le plus souvent organisés par les Chambres de commerce et d’industrie régionales (CCI) ;

- l’inclusion duale se différencie au niveau du degré de coordination des acteurs publics qui cette fois-ci vont établir chacun de leur côté une gouvernance propre concernant le marketing territorial. Par exemple, la Métropole lilloise (ou Métropole européenne de Lille) et la région des Hauts-de-France (via l’agence régionale du tourisme) vont porter chacune une stratégie d’internationalisation du territoire spécifique ;

- l’inclusion traditionnelle se caractérise par une coordination horizontale locale totale, où la Région reste toutefois au cœur des prises de décision en déléguant cette mission à l’agence régionale du tourisme comme en Occitanie, en Franche-Comté, en Martinique, en Corse et en PACA, ou à la Maison de l’export à La Réunion.

Cet aspect institutionnel de la politique régionale d’internationalisation a mis en lumière le fait que la plupart des régions en France sont conscientes de l’importance d’une mobilisation et d’une coordination de tous les acteurs locaux concernés par ce sujet, même si la forme organisationnelle peut diverger en fonction des territoires, pour des raisons diverses, pouvant alors influencer plus ou moins leur performance en la matière.

Analyse des indicateurs d’internationalisation des régions françaises

L’OCDE (2021) a réalisé un travail précurseur sur les indicateurs d’internationalisation et d’attractivité des régions des pays membres de l’OCDE permettant « d’identifier le positionnement des régions dans la mondialisation ». Ce travail s’appuiera donc sur ces données afin de mettre en exergue les spécificités et disparités régionales éventuelles en France (indicateurs désagrégés et indice synthétique).

Indicateurs désagrégés

Données

L’OCDE (2021) a recensé 4 piliers au niveau de l’internationalisation (Tableau 3) :

- les connexions d’infrastructure font référence aux transports et à la logistique par le biais de sous-indicateurs liés à l’accès aux aéroports, à la fibre optique et aux réseaux sociaux ;

- les connexions humaines liées à l’internationalisation des personnes avec l’accueil touristique, la présence de migrants ainsi que de leur niveau de qualification ;

- les connexions de connaissance concernent l’attractivité en termes de connaissance approximée par les étudiants étrangers, le personnel en R&D étranger et l’emploi dans les services marchands à forte intensité de connaissance ;

- les connexions d’affaires regroupent les échanges commerciaux, l’emploi dans les groupes étrangers et la part de l’emploi dans les secteurs échangeables.

Tous ces indicateurs ont été sélectionnés par l’OCDE sur la base de 3 critères : capter la relation internationale ou mettre en valeur la capacité d’ouverture à l’étranger ; ne pas être corrélés avec d’autres indicateurs ; s’assurer de la disponibilité des données.

Résultats

Grâce à ces éléments, une analyse de l’internationalisation des régions françaises est réalisée en mettant en avant les différences pouvant exister entre les régions métropolitaines et celles d’Outre-mer.

- Connexions d’infrastructure (Graphique 4)

On observe au niveau des 3 indicateurs mentionnés précédemment que l’Île-de-France affiche de meilleures performances en ce qui concerne l’accessibilité aux aéroports grâce à la présence des principaux aéroports dans cette région, Roissy Charles De Gaulle et Orly venant lourdement accentuer les disparités à ce niveau. Il en est de même pour la couverture en fibre optique qui est proche des 90 %, en tant que hub économique, contre moins de 50 %, en moyenne, pour les autres régions métropolitaines. Une faible hétérogénéité apparaît tout de même entre ces dernières pour la participation aux réseaux sociaux. Quant aux régions ultramarines, c’est la Guadeloupe qui se distingue des autres en termes d’accessibilité aux aéroports même si les niveaux restent relativement proches mais particulièrement plus faibles par rapport à la Métropole. Le plus important écart est présent pour la couverture en fibre optique où La Réunion admet un meilleur résultat toutes régions confondues. Les autres régions d’Outre-mer ont une faible couverture à cause d’une fracture numérique plus grande et des difficultés de financement du déploiement du réseau en fibre (réseau d’initiative publique versus secteur privé). Enfin, la Guyane est la région française qui participe le plus aux réseaux sociaux.

- Connexions humaines (Graphique 5)

L’Île-de-France continue de surclasser les autres régions avec un nombre de nuitées par km² d’environ 7000 en 2018 avec Paris en tant que capitale économique, politique et culturelle. L’Île-de-France concentre également le plus de personnes nées à l’étranger dans sa population par rapport aux autres régions. Effectivement, l’attractivité économique, les zones urbaines ainsi que la présence d’immigrés de même origine dans la région sont des facteurs explicatifs de cette concentration (INSEE, 2022). Quant à la part de migrants ayant un emploi hautement qualifié, on remarque une forte homogénéité entre les régions. Pour les régions d’Outre-mer, la Martinique affiche le plus important nombre de nuitées par km² tandis que la Guyane admet la part la plus importante de personnes nées à l’étranger sur son territoire devenant ainsi la région française où la présence immigrée est la plus forte (hormis Mayotte). Cela s’explique surtout par une large zone géographique inhabitée et qu’elle soit frontalière de certains pays sud-américains comme le Suriname et le Brésil (INSEE, 2006).

- Connexions de connaissance (Graphique 6)

L’internationalisation d’un territoire passe aussi par l’attractivité au niveau des connaissances ou plus précisément du capital humain et de leurs externalités (Hénin et Ralle, 1994). Une fois de plus l’Île-de-France monopolise le plus d’étudiants étrangers, soit plus de 10 % en 2015, contre moins de 8 % en moyenne dans les autres régions métropolitaines. Au niveau de l’Outre-mer, c’est la Guyane qui affiche la part la plus élevée avec surtout une mobilité de proximité (Suriname, Brésil, Haïti). Le constat est le même pour la part de personnel R&D étranger et l’emploi dans les secteurs à forte intensité de connaissance. Dans le premier cas, l’on retrouve les mêmes régions avec cependant une mention spéciale pour les régions Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes. Dans le second cas, l’Île-de-France assoit encore son leadership, avec toutefois des niveaux très bas pour les régions ultramarines par rapport à la Métropole.

- Connexions d’affaires (Graphique 7)

Cette dimension de l’internationalisation a longtemps été privilégiée afin d’évaluer la performance d’un territoire vis-à-vis de l’extérieur. C’est particulièrement le cas pour l’insertion dans le commerce extérieur. Trois régions métropolitaines (Normandie, Grand Est, Hauts-de-France) affichent une part du commerce extérieur dans le PIB régional au-delà des 70 %. La situation particulière de l’Île-de-France peut se justifier par le niveau très élevé du PIB par rapport aux autres régions venant minimiser le poids des échanges extérieurs dans celui-ci. Quant aux régions ultramarines, la Guyane fait largement la différence grâce notamment au poids du secteur de l’aéronautique. Ensuite, la première région ayant la part la plus élevée d’emploi dans les entreprises sous contrôle étranger est la région Grand Est, dont près de la moitié sont des multinationales allemandes (Martini et Villaume, 2022). Dans ce domaine, la Guadeloupe présente le meilleur taux par rapport aux autres régions d’Outre-mer. Enfin, on constate une relative homogénéité entre les régions françaises au niveau de la part de l’emploi dans les secteurs commercialisables avec un taux moyen d’environ 20 %.

Cette analyse des données désagrégées de l’OCDE a permis d’élargir le champ d’étude de l’internationalisation en y incluant désormais d’autres dimensions pour mieux appréhender le rôle et l’intégration de nos territoires dans la mondialisation. Pour autant, une étape supplémentaire semble nécessaire afin d’identifier de manière plus précise la place des régions françaises à l’aide d’un indice synthétique d’internationalisation.

Ébauche d’un indice synthétique

Démarche

L’indice de développement humain (IDH) fait partie des indicateurs synthétiques de référence4. C’est donc dans cet esprit qu’une première tentative est réalisée ici afin de créer un indice d’internationalisation (II) des régions françaises s’en inspirant. La non-disponibilité des données utilisées par l’OCDE pour certaines années ne nous permet pas de produire convenablement un indice synthétique pour une année donnée. Ainsi, des données de différentes années ont été prises (Tableau 3), ce qui représente l’une des principales contraintes de notre essai.

Moyenne géométrique de 4 indices dimensionnels (infrastructure - INFRA -, humaine - HUM -, connaissance - CON -, affaires - AFF -) : II = .

: aéroports, fibre optique, réseaux sociaux

 : nuitées, personnes nées à l’étranger, migrants qualifiés

 : étudiants étrangers, personnel en R&D étranger, emploi dans les secteurs à forte intensité de connaissance

 : taux d’ouverture, emploi dans les entreprises sous contrôle étranger, emploi dans les secteurs commercialisables

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Dans les cas suivants, nous utilisons le logarithme népérien des valeurs minimales et maximales5 utilisées qui permettent de « gommer » les disparités entre les régions : aéroports, nuitées, emplois dans les secteurs à forte intensité de connaissance.

Résultats

Plusieurs enseignements peuvent être tirés du graphique 8 représentant l’indice synthétique réalisé. On remarque globalement un faible niveau d’internationalisation des régions françaises avec un indice moyen de 0,223, où la valeur maximale est de 0,38 pour l’Île-de-France et la valeur minimale de 0,11 pour la Martinique. On retrouve également une hétérogénéité moyenne en termes d’internationalisation entre les régions métropolitaines alors qu’une relative homogénéité au sein des régions ultramarines est présente, caractérisée néanmoins par une très faible internationalisation de celles-ci. Grâce à cette première tentative, en établissant un indice synthétique d’internationalisation des régions, on peut distinguer 4 groupes de régions en France :

- La « région hub » - avec l’Île-de-France qui affiche un indice de l’ordre de 0,38 et affirme une fois de plus son rôle de région motrice en France - est la plus connectée à l’international, quelle que soit la dimension de l’internationalisation (connexions d’infrastructures, humaines, de connaissance et d’affaires) ;

- Les « régions frontalières », comme les Hauts-de-France, le Grand Est, l’Auvergne-Rhône-Alpes, la PACA et l’Occitanie, ont un indice proche de 0,30. Elles profitent ainsi de leur proximité géographique avec leurs voisins européens (Belgique, Luxembourg, Allemagne, Italie, Espagne) en mettant en place un modèle de développement économique transfrontalier dans leur région basé principalement sur les connexions de connaissance et d’affaires ;

- Les « régions périphériques », à l’instar du Centre-Val de Loire, de la Normandie, de la Bourgogne-Franche-Comté, du Pays de la Loire, de la Bretagne et de la Nouvelle-Aquitaine, ont un indice de 0,25 en moyenne, ce qui fait d’elles des territoires intermédiaires qui tirent parti de la mondialisation dans un des quatre piliers de l’internationalisation (connexions d’affaires) grâce à leur spécialisation territoriale ;

- Les « régions ultra-périphériques », avec la Corse et les régions ultramarines, ont en moyenne un indice de 0,12. Le plus souvent l’internationalisation de ces régions s’appuie exclusivement sur le tourisme ou un secteur d’activité moteur de leur économie (aéronautique, agroalimentaire, produits agricoles) qui reste essentiellement tributaire de la Métropole et de l’UE.

Conclusion

Ce travail a donc permis de montrer qu’en dehors de l’Île-de-France et des régions ultramarines, les régions françaises sont relativement homogènes sur les plans économique et socio-économique avec une gouvernance assumée et renforcée des politiques régionales d’internationalisation qui sont différenciées en fonction des spécificités territoriales. Cependant, il existe des différences inter-régionales et intra-régionales (en particulier pour l’Outre-mer) notables en termes d’internationalisation en France. En effet, à partir d’une première tentative d’établir un indice synthétique d’internationalisation des régions françaises, qui reste encore très perfectible, les résultats indiquent, de manière générale, un faible niveau d’internationalisation des régions françaises, ce qui est cohérent avec les indicateurs à l’échelle nationale et la performance de la France. Toutefois, ces territoires sont inégalement insérés au sein de la mondialisation et les régions connaissent des disparités importantes en fonction de leur capital territorial6 (Lacquemet et Chevalier, 2016) mais également des connexions internationales mobilisées en tant que leviers d’internationalisation et d’attractivité.

Dans un contexte économique de plus en plus incertain et face à la recrudescence des inquiétudes des citoyens, les territoires sont désormais confrontés à la problématique de la relocalisation des activités venant remettre en question leur stratégie d’internationalisation. Cette reconfiguration inédite conduit à confronter inévitablement deux logiques de développement territorial avec chacune leurs opportunités et leurs menaces.

Annexes

Graphique 1 : Quelques indicateurs économiques des régions françaises

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Graphique 2 : Quelques indicateurs socio-économiques des régions françaises

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Tableau 1 : Spécialisations sectorielles des régions métropolitaines (2021)

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Graphique 3 : Marketing territorial et stratégie inclusive des Régions en France

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Tableau 2 : Principaux indicateurs d’internationalisation

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Tableau 3 : Critères des modèles inclusifs du marketing territorial des Régions en France

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Graphique 4 : Connexions d’infrastructure

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Graphique 5 : Connexions humaines

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Graphique 6 : Connexions de connaissance

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Graphique 7 : Connexions d’affaires

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Graphique 8 : Indicateur synthétique d’internationalisation

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1 Loi n° 2015-991, JORF n° 182 du 8 août 2015.

2 DROM : département et région d’outre-mer (article 73 de la Constitution française) ; RUP : région ultrapériphérique (articles 349 et 355 du Traité

3 À noter que les données sur le commerce des services par les Douanes ne sont pas disponibles. Uniquement celles pour les marchandises le sont

4 Dont la valeur est comprise entre 0 et 1. Plusieurs seuils d’interprétation de l’IDH existent : très élevé (0,8-1), élevé (0,7-0,799), moyen (0

5 Les valeurs maximales et minimales sont les valeurs les plus élevées et les moins élevées qui sont observées dans l’échantillon mobilisé.

6 « Le capital territorial est un concept emprunté au courant de l’économie territoriale. Il associe trois dimensions du système territorial qui sont

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Note : CVL : Centre-Val de Loire, BFC : Bourgogne-Franche-Comté, N : Normandie, HdF : Hauts de France, GE : Grand Est, PdL : Pays de la Loire, B : Bretagne, NA : Nouvelle-Aquitaine, O : Occitanie, PACA : Provence-Alpes-Côte d’Azur, ARA : Auvergne Rhône-Alpes, C : Corse, G : Guadeloupe, M : Martinique, R : La Réunion, MAY : Mayotte.

Sources : INSEE et Global Data Lab.

Note : CVL : Centre-Val de Loire, BFC : Bourgogne-Franche-Comté, N : Normandie, HdF : Hauts de France, GE : Grand Est, PdL : Pays de la Loire, B : Bretagne, NA : Nouvelle-Aquitaine, O : Occitanie, PACA : Provence-Alpes-Côte d’Azur, ARA : Auvergne Rhône-Alpes, C : Corse, G : Guadeloupe, M : Martinique, R : La Réunion, MAY : Mayotte.

Sources : INSEE.

Source : Douanes.

Source : Auteur.

Source : OCDE (2021).

Note : « + » signifie un degré de coordination ou de mobilisation total et « - » un degré de coordination ou de mobilisation partiel.

Source : Auteur.

Source : OCDE, calculs de l’auteur.

Source : OCDE, calculs de l’auteur.

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1 Loi n° 2015-991, JORF n° 182 du 8 août 2015.

2 DROM : département et région d’outre-mer (article 73 de la Constitution française) ; RUP : région ultrapériphérique (articles 349 et 355 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne).

3 À noter que les données sur le commerce des services par les Douanes ne sont pas disponibles. Uniquement celles pour les marchandises le sont actuellement.

4 Dont la valeur est comprise entre 0 et 1. Plusieurs seuils d’interprétation de l’IDH existent : très élevé (0,8-1), élevé (0,7-0,799), moyen (0,555-0,699), bas (moins de 0,554).

5 Les valeurs maximales et minimales sont les valeurs les plus élevées et les moins élevées qui sont observées dans l’échantillon mobilisé.

6 « Le capital territorial est un concept emprunté au courant de l’économie territoriale. Il associe trois dimensions du système territorial qui sont constitutives du potentiel de développement socio-économique (les ressources matérielles et immatérielles du territoire, le capital relationnel développé entre les individus impliqués dans les démarches de développement, la gouvernance locale) ». 

Laurent Didier

MCF en Sciences économiques, CEMOI, Université de La Réunion

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